Ring

RingOn attendait pas mal de ce ‘Ring’ qui défraye la chronique depuis quelques temps. Il est clair qu’un film japonais d’horreur n’est pas chose courante sur nos grands écrans.

L’explosion du cinéma asiatique en Europe a permis d’ouvrir les barrières et les schémas classiques hollywoodiens. En effet, le décalage est plutôt important, et on a même du mal à s’immerger dans le film. Les acteurs ne font pas grand chose pour nous aider. Leurs expressions étant plutôt dures à cerner. Difficile de les critiquer car la transcription des émotions dépend énormément de la culture, mais je n’ai toutefois pas été convaincu.

L’intrigue met un petit peu de temps à se mettre en place, et l’ambiance vraiment particulière ne nous met pas vraiment à l’aise. L’oppression est cependant au rendez-vous et le film se révèle efficace. Le son notamment a été travaillé pour créer une atmosphère à la fois glauque et terrifiante. En effet, très peu de musique, pour donner plus d’importance aux scènes cruciales. Les non-dits, importants dans la culture asiatique, prennent ici une importance particulière, si bien qu’on peut facilement passer à côté de détails déterminants.

Ring reprend des éléments classiques de l’horreur au cinéma tout en y apportant une touche très personnelle. Dans la lignée de la production espagnole ‘La secte sans nom’, Ring propose une alternative plutôt minimaliste a un genre qui a péché par excès. Malgré pas mal de défauts, il permet un regard différent à un genre.

On peut le constater aux expressions hébétées et aux rires nerveux quand les lumières se rallument : Ring fait de l’effet sur la majorité des spectateurs, Ring fait vraiment peur. C’est donc un film qui remplit son contrat de film d’épouvante. Mais qu’est ce qu’un film d’epouvante efficace ?

1) Tout d’abord l’absence de second degré. On ne rigole pas quand on a peur, on n’a même pas envie de sourire. Et Ring est un film qui se prend terriblement au sérieux. On en avait un peu perdu l’habitude : les films « à faire peur » Hollywoodiens sortis dernièrement, produits de pur entertainement calibrés pour le public ado, jouent toujours de ce décalage, de cette ironie par rapport à eux mêmes. La série des Scream est bien sûr le modèle de ces films qui ne se prennent pas vraiment au sérieux, qui parodient les cuvées précédentes, et qui finissent par s’autoparodier eux mêmes… On rigole, on frissonne un peu et on mange du pop-corn pour faire passer tout ça. Avec Ring on n’a pas vraiment envie de manger du pop-corn, on n’a même plus du tout faim…

2) Un film fait peur quand il enferme les personnages (et, partant, les spectateurs) dans une situation inéluctable, un scénario-impasse, une histoire pour laquelle on sait d’avance qu’il n’y aura pas de happy end. Ring est un modèle du genre : on sait un quart d’heure après le début du film que toute personne ayant visionné la vidéo maudite est destinée à mourir une semaine plus tard. Les délais sont posés, l’ultimatum donné, la fin déjà connue. Il ne reste plus qu’à laisser mûrir (pourrir ?) tout ça, laisser l’angoisse s’immiscer peu à peu. Dans les film d’épouvante il n’y a jamais de suspens ; ou bien c’est un suspens factice, car désespéré (on n’y croit pas mais on se bat quand même). Blair Witch première mouture, autre grand film d’épouvante, allait encore plus loin : les premières secondes du film annonçaient la fin (la disparition des vidéastes amateurs). Ring ne va pas aussi loin mais joue avec les mêmes règles.

3) A partir de là les personnages, malgré toute leur volonté, ne peuvent être rien d’autre que des pantins incapables de contrer le sort (ici : la malédiction). Ils assistent, impuissants, à l’inéluctable, aussi passifs et fascinés que devant la vidéo qu’ils visionnent et re-visionnent mais dont ils n’arrivent pas à percer le sens. De toute façon la peur rend passif et aussi faible qu’un enfant car c’est toujours une perte de contrôle du raisonnement et de soi-même : les victimes ne peuvent pas faire un geste lorsque le Mal sort de la TV pour venir les emporter. Fascination et passivité : on est face à la peur comme devant la TV. Comme la journaliste qui regarde pour la première fois la video et qui tombe dans le piège en toute connaissance de cause. Elle sait déjà que regarder la vidéo est synonyme de mort, pourtant, mécaniquement, elle enfile la cassette dans le magnétoscope et elle s’abandonne à ce qui passe sur l’ecran. Fascination face à l’interdit, l’image interdite, le mal qui ne doit pas être dévoilé mais qui force le regard à se poser sur lui : ce film est aussi un début de reflexion sur l’image et le regard appelé…

4) Un film fait peur quand il raconte des histoires qui font peur. Ring n’invente rien : il reprend, sans même vraiment les recycler, des histoires de toujours : histoires de revenants, histoires de malédictions, histoires de secrets horribles cachés au fonds des puits… Bien sûr les histoires se sont adaptées à notre monde contemporain : désormais les malédictions passent par la TV et le téléphone. Le Mal prend possession des outils du monde moderne et les détourne, les corrompt, les fait devenir source de terreur (la sonnerie du téléphone dans la nuit, l’ecran qui s’allume dans la pièce sans lumière). La télé devient même littéralement le passage entre le monde des morts et celui des vivants. Si dans Ring les fantômes sont tellement effrayants c’est aussi car il sont terriblement proches et omniprésents. Les morts sont là, tout près du sommeil des vivants, à chuchoter dans la nuit. Les vivants eux mêmes sont filmés comme s’ils étaient des fantômes en devenir : 2-3 effets champs-hors champs font apparaitre certains personnages comme s’ils étaient à proprement parler des « apparitions ».

Et puis il y a aussi le découpage chirurgical du cadre, la longueur des plans et leur staticité, la lumière pâle, un peu froide, qui rappelle la mort qui attend.

Avec un scénario de série Z, sans effet d’esbrouffe mais avec juste les moyens que donne l’art d’utiliser une caméra, le réalisateur arrive à distiller une peur sourde, quelque chose de poisseux qui met mal à l’aise mais dont on ne connait pas vraiment l’origine. Et c’est peut être ce « pas vraiment » qui pèse tellement sur les coeurs. On n’a jamais autant peur que lorsque l’on ne connait pas l’origine de cette peur.

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