Respiro

RespiroSur une île de Sicile coupée du monde, Grazia élève ses trois enfants avec tout ce qui la caractérise de jeunesse et de liberté. Mais le village où elle vit très machiste, a du mal à assumer une personnalité comme la sienne…

A n’en pas douter, rarement titre aura aussi bien convenu à un film. Ce ‘Respiro’ est une véritable bouffée de chaleur, une respiration qui envahit tout le corps comme rarement au cinéma. Car, autant le dire tout de suite, le film d’Emanuele Crialese fait partie de ceux qui marquent.

Illustrant ici une légende, elle même inspirée de faits réels, il donne ici une représentation de la liberté incarnée dans une femme qu’on avait pas vu depuis longtemps au cinéma. Valeria Golino que peu de gens ont du voir ailleurs que dans ‘Rainman’ ou dans ‘Hot Shots’ nous revient ici comme une bénédiction. Dans ce village où le machisme est transmis de père en fils, elle représente parfaitement ce grain de sable dans un rouage si bien huilé. Vue comme une étrangère dans son propre village, elle symbolise tout à fait le fond du film, à savoir la non acceptation de la différence, et la recherche du naturel et de la liberté malgré tout.

Sans un scénario particulièrement emballant, Crialese arrive à nous livrer un long-métrage qui s’abreuve de paysages, de petites aventures et d’une photo sublime. Accompagné par une bande originale splendide et redondante, rien n’est plus beau que ce petit coin de terre ensoleillé.

Après des scènes qui n’ont pour but que de situer les personnages et leur relations plus complexes qu’elles n’y parraissent, l’histoire s’emballe d’un coup, avec un rythme assez abrupte qui pourra décontenancer, mais qui s’avère finalement efficace puisque même sans trâme réelle, les personnages ont tellement de charme (le plus petit enfant est fabuleux) que le tout s’enchaîne sans que l’on se pose la moindre question.

Enchainant les petits moments de plaisir (la pêche au poisson pour les enfants, la rencontre amoureuse…), le film envoute et emmène dans une tornade d’air chaud, sous le cagniard sicilien, le spectateur. Un coup de soleil pour celui-ci, qui le sentira longtemps après tant le film reste dans la tête. Un moment inmanquable.

Difficile de parler de l’ambiance que dégage « Respiro ». Le réalisateur a, certes, le don de filmer Lampedusa comme une île sauvage et sensuelle dans laquelle tout citadin normalement constitué aimerait se perdre. Mais d’un autre côté, le film évoque assez clairement les aléas de la prison dorée que constitue également cet endroit.

« Respiro » s’affirme comme une fable. Au point de forcer peut-être excessivement le trait. L’impression d’assister à la vie d’être humains sauvages est forte. Cela engendre un certain nombre de séquences touchantes et pittoresques mettant en scène la vie de ces habitants. On retrouve ainsi un certain cinéma italien que l’on croyait oublié.

Mais force est de constater que cela pousse aussi le réalisateur à prendre quelques raccourcis. Le film traitant notamment de l’enfance et de l’apprentissage de la vie, on n’échappe pas à la rivalité entre bandes de gamins tout droit sortis de la « Guerre des boutons », ou à l’amourette pas forcément dans le ton du film de l’aînée de la famille. La description de l’enfance faite par le réalisateur est attendrissant mais elle n’égale pas, loin de là, ce qui a été fait dans le passé : « Un sac de billes » de Jacques Doillon ou « L’incompris » de Comencini proposent une vision naturaliste de l’enfance et de l’adolescence qui va bien au delà de la vision gentiment naïve du réalisateur.

Souvent, ce dernier préférera insister sur l’esthétique plutôt que sur le fond bien que les deux aspects soient intimement liés dans le film. Le spectateur respire à pleins poumons l’air de la Sicile et goûte au joie de la vie des Siciliens au risque de flirter avec le genre, peu opportun dans notre cas, du simple documentaire-découverte.

La prestation des acteurs reste, elle, doublement impressionnante. D’un côté, les enfants, acteurs amateurs, d’un naturel étonnant malgré un scénario assez ambiguë qui confond l’amour maternel et l’amour charnel. De l’autre, Valeria Golino qui oublie ses repères de star accomplie pour nous offrir une prestation de débutante qui relève du génie.

« Respiro » mérite ses récompenses (prix du public et de la semaine de la critique à Cannes) mais ne constitue pas le chef d’œuvre qu’il aurait pu être. Certaines facilités et certains raccourcis pris par le réalisateur freinent les ambitions du film. Il s’agit bien d’une invitation à fouiller dans ses propres souvenirs d’enfance. Cependant, une expérience véritablement introspective proposée au spectateur aurait mérité une approche encore plus subtile. Regarder « Respiro » reste cependant une belle invitation à l’évasion.

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