Ray

RayLa vie de Ray Charles, icône mythique de la soul music, est retracée par ce biopic. De ses premières notes de piano à sa consécration en passant par ses problèmes de drogue. Deux heures trente d’une vie tumultueuse et engagée pour un homme qui refusait qu’on s’apitoie sur lui.

Ray Charles est bien plus qu’un artiste, c’est une véritable icône dont la destinée méritait bien une adaptation sur grand écran. C’est chose faite aujourd’hui avec le film intitulé « Ray » et réalisé par Taylor Hackford (« L’avocat du diable »). L’annonce de la mise en chantier d’un biopic (biographie épique) sur la vie du « Genius » avait de quoi charmer les amateurs de soul music. Le résultat est largement à la hauteur de nos attentes, malgré quelques défauts formels assez désagréables mais malgré tout pardonnables.

Le choix de Jamie Foxx pour incarner Ray Charles est certainement le meilleur atout du film. Jamie Foxx a déjà remporté le Golden Globe du meilleur acteur et il ne fait aucun doute que l’Oscar, mérité, lui revienne. D’ailleurs le réalisateur l’indique souvent lors de ses interviews, sans Jamie Foxx le projet n’aurait jamais abouti. Jamie Foxx est réellement Ray Charles : mêmes mimiques, même charisme dévastateur, même gestuelle et même doigté au piano puisque Jamie Foxx est lui-même un pianiste aguerri. Une machine à Oscar certes, mais il transpire la sincérité comme rarement. Ce rôle est pour lui un véritable aboutissement car jusqu’à présent il restait cantonné aux seconds rôles (comme dans le récent « Collateral » de Michael Mann). Taylor Hackford est pour sa part un réalisateur rompu à l’exercice musical. Il avait ainsi réalisé en 1980 « Le temps du rock’n’roll » sur la vie du promoteur et producteur de rock Bob Marucci avant de produire en 1987 « La Bamba ».

Les deux heures et demi que durent le film passent à vitesse grand V. Ceci est le résultat, d’une part du script sans temps mort de James L. White, scénario auquel « The Genius » lui-même a participé, d’autre part de la réalisation alerte de Taylor Hackford. Ainsi l’enfance de Ray Charles est présentée sous forme de flash-back, une structure déjà brillament employée par Hackford sur l’un de ses précédents et certainement meilleur film, à savoir « Dolores Clairbone ». Quelques images d’archives employés font un peu tâche mais dans l’ensemble la mise en image des années 50 et 60 (par le décorateur Stephen Altman) est sans défaut. Aucune étape de la vie de Ray Charles n’est oubliée, que ce soit son combat contre la ségrégation, ses problèmes de drogues, son instabilité sentimentale, sa perversion des chants religieux ou sa rencontre avec Quincy Jones. La musique occupe bien sûr une place prépondérante dans le film et tout l’intérêt du biopic apparaît alors. On rentre dans l’intimité de la vie du « Genius » et le film regorge d’anecdotes. Que ce soit la création tumultueuse du titre « Hit the Road Jack », sa façon si particulière de détecter la beauté chez une femme ou encore sa difficulté pour trouver un style qui lui convienne entre la soul, le gospel, le jazz et le rock. On ne peut que frémir de plaisir en entendant un orchestre symphonique entonner les premières notes du mythique « Georgia on my mind ». La voix rauque de Ray Charles nous prend alors par les sentiments et Jamie Foxx devient réellement irrésistible. Pas d’excès de pathos pourtant puisque les aspects sombres de sa vie ne sont jamais oubliés ou réduits. Un tantinet moralisateur par instant (les conseils répétés de sa mère par exemple), le film demeure tout de même suffisamment équilibré côté sentiments.

Là où le film perd de son intérêt, c’est dans la représentation un peu lourdingue des troubles intérieurs dont a souffert Ray Charles. À sept ans il assistait impuissant à la noyade de son petit frère, image qui l’a hantait tout le reste de son existence. À grand renfort d’effets sonores appuyés, le réalisateur nous fait part de ces troubles. Cet aspect trop cinématographique rabaisse un peu l’intérêt du biopic, exercice subtil de dosage entre pure fiction et documentaire. Ceci ne s’arrange pas à la fin du film, où le réalisateur a en effet cru que l’enfer de la drogue et de la désintoxication ne pouvait être vu qu’à travers un prisme très « arronofskien » (du nom du réalisateur de « Requiem for a dream ») : couleurs chaudes et sursaturées, visions paranoïaques et montage hip-hop. Heureusement cette petite faiblesse n’est pas suffisante pour faire chavirer toute l’œuvre. Au rang des regrets, signalons la justification somme toute assez commerciale du film. « The Genius » est mort il y a bientôt un an (il est décédé en juin dernier) et ce film peut être vu comme un faire-valoir propice à la commercialisation de nombreux produits dérivés (BO…).

Seulement le film tout entier respire l’honnêteté et l’humilité. Ces menus défauts ne sont rien en comparaison de la puissance émotionnelle dégagée par le film. Le parcours chaotique et l’acharnement de Ray Charles pour arriver au bout de ses rêves ne peuvent laisser indifférent. On ne parle plus ici de manichéisme car le film ne fait que refléter la réalité. Celle d’un noir aveugle qui se bat pour être reconnu en tant qu’artiste. Toute la puissance de son art est transcendée par un film qui réussit sur toute la ligne l’objectif qu’il s’était fixé : rendre hommage à un mythe de la musique black sans trahir l’essence artistique, puissance libératrice qui a permis à Ray Charles de s’affranchir de toutes les difficultés qu’il a pu rencontrer.

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